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› CARLOS CASTANEDA, LA VERITE DU MENSONGE: UN CHAPITRE INEDIT

Posté le : 09-05-2006 Catégorie: AUTOUR DE CARLOS CASTANEDA

(Note : cette version remaniée ne figure que dans l'édition italienne du livre, parue en fevrier 2007).

LE VOYAGE À TULUM DE FEDERICO FELLINI

 Dans cette période , il se pourrait que l’écrivain renforce la structure du groupement discret qui l’entoure et le protège . Le 21 septembre 1981 , il donne procuration à Regine Thal , qui peut désormais se livrer en son nom à toute démarche légale . Spirituel et temporel se rejoignent-ils ? Aux yeux des jeunes filles qui l’entourent et le chérissent , Castaneda a souvent l’aspect d’un père ou d’un conseiller . Patty Partin , alias Nury Alexander , est sa préférée . Il surveille ses études et la pousse à s’inscrire en économie à UCLA . De son côté , Kathleen Pohlmann , dite Carol Tiggs , décroche une licence d’acupuncture . Les apprenties sorcières ne se contentent pas d’adopter des pseudonymes ou de changer d’identité . Les vestales doivent aussi rompre les ponts , abandonner famille et amis : “ We dont need frieeeeends ! ” (nous n’avons pas besoin d’amis) , martèle Carlos , qui insiste sur le côté geignard du terme anglais désignant les amis (38) .

Regine Thal , alias Florinda Donner , s’impose comme un chef de meute . Cette petite femme blonde dont le “totem” est la grenouille étudie l’anthropologie à UCLA depuis 1970 . Elle publie en 1982 un ouvrage remarqué : Shabono : A Visit to a remote and magical world in the heart of the south american jungle (Shabono : visite d’un monde magique et dissimulé au coeur de la jungle sud-américaine) (39) . A bien des égards , ce rapport “scientifique” imite la langue castanedienne . Florinda s’est mêlée aux Indiens , au point d’être prise elle même pour une “ chaman ” . En 1983 , Rebecca B. De Holmes affirme toutefois dans un article retentissant de la revue American Anthropologist qu’il existe de troublantes similarités entre l’ouvrage de Florinda Donner et le livre Yonoàma , d’Ettore Biocca , qui raconte l’histoire d’Helena Valera , une jeune femme autrefois kidnappée par des Indiens du Venezuela (40) . Le travail de Florinda Donner s’avère ainsi tout aussi discutable que celui de Carlos Castaneda . L’élève marche sur les traces du maître . Peut-être la jeune femme ne fait elle qu’emprunter le sentier du guerrier , en se rendant insaisissable . Tout au long de sa vie , elle multipliera par la suite les déclarations fantaisistes et mentira lourdement sur sa biographie .

Carlos demeure proche d’Amy Wallace . On se souvient qu’il a fait la connaissance de la fille d’Irving Wallace durant l’été 1973 . Il n’a depuis lors jamais rompu le fil . Régulièrement , il l’appelle , il lui écrit , il prend de ses nouvelles , il lui raconte sa vie . Il y a dans cette fidélité quelque chose de touchant . Il ne s’est rien passé , avec Amy . Mais dans l’esprit de Carlos , elle appartient de facto à la cohorte des proches . En 1983 , elle reçoit un étrange coup de fil . C’est Carlos . Il semble complètement désespéré . La Gorda vient de mourir et il pleure la défunte , avec des accents d’une incroyable sincérité . Amy Wallace n’a aucune raison de douter de l’existence de La Gorda . Elle est touchée . Cet homme que les foules adulent est donc capable de souffrance et d’incertitude ? Ce chagrin ne peut manquer d’intriguer . Carlos est-il à ce point convaincu de la véracité de ses personnages qu’il les pleure , quand il les fait mourir ? Vis à vis d’Amy Wallace , l’auteur d’Histoires de pouvoir manifeste un fascinant trait de caractère . Du jour où il l’a rencontrée à l’age de dix-sept ans , il a su qu’elle lui était destinée . Il a fait preuve depuis lors d’une incroyable ténacité . La “fusion” ne s’effectuera en fin de compte que dans les années quatre-vingt-dix .

En 1984 , Castaneda est contacté par Federico Fellini . Le cinéaste rêve d’adapter L’Herbe du diable et la petite fumée , ou plutôt de l’importer dans son propre univers. Le projet n’a rien de virtuel . Fellini s’emploie à lui donner chair . Il contacte Alexandro Jodorowsky et lui suggère de participer à l’écriture du scénario . Le film pourrait s’appeler Viaggio a Tulum (Voyage à Tulum) . Fellini éprouve cependant de grandes difficultés . Pensait-il que Carlos ferait preuve d’un plus grand enthousiasme ? Il ne parvient difficilement à l’approcher . Il entre en langue avec Ned Brown. Mais l’agent littéraire se montre catégorique . Il ne connait même pas l’écrivain, dit-il et nul ne saurait lui parler. Les manuscrits eux même sont apportés à l’éditeur par un jeune Mexicain.

En désespoir de cause , Federico Fellini se rend à Los Angeles en 1986. Par l’intermédiaire d’une femme nommée Loghi, qui évolue dans la mouvance des adeptes, il finit par nouer un lien. Dans un entretien accordé à Toni Maraini en 1990, Fellini décrit sa rencontre avec Carlos Castaneda, qui vient lui rendre visite à son hôtel.

Le nagual se montre courtois et enjoué. Il affirme que don Juan adore La Strada. Mieux encore : le vieil Indien avait prédit que les deux hommes se verraient.

Castaneda n’est pas venu seul. Plusieurs femmes l’accompagnent. Certaines escortent Fellini sur le site précolombien de Tulum, au Mexique . Dans les semaines qui suivent, Fellini se croit victime d’un sort et il lui semble que les objets quotidiens se trouvent magnétisés. Castaneda le sorcier l’a-t’il entrainé dans un univers parallèle ? Jamais plus les deux hommes ne se parleront. Quant au film, il ne verra pas le jour(41) .

Ce n’est pas la première fois que Carlos se voit courtisé par le milieu du cinéma . Ne réside-t’il pas à quelques kilomètres de Hollywood , dans la capitale mondiale de l’industrie cinématographique ? Dans les années soixante-dix , il a été approché par le producteur Joseph Levine , qui souhaitait déjà transposer au cinéma L’Herbe du diable... On avait songé à Anthony Queen , pour incarner Carlos . Mia Farrow devait participer au film . Mais le projet n’a jamais abouti . D’autres essayèrent en vain d’obtenir son accord , pour d’éventuels montages cinématographiques : Jim Morrisson , Dino de Laurentiis essuyèrent des échecs . Mais que penser d’Oliver Stone , qui nomma sa maison de production Ixtlan Films ?

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