Ed Gein : biographie du boucher de Plainfield

Portrait d'Ed Gein, criminel américain surnommé le boucher de Plainfield

Réponse rapide : Ed Gein (1906-1984) est un Américain de Plainfield, dans le Wisconsin, arrêté en novembre 1957 après la découverte de restes humains dans la ferme familiale. Deux meurtres lui sont attribués, ainsi que de nombreuses profanations de tombes. Déclaré irresponsable pénalement en 1968, il est interné jusqu’à sa mort. Son cas a inspiré Norman Bates, dans Psychose, et une large part du cinéma d’horreur américain.

Qui était Ed Gein, le « boucher de Plainfield » ?

Edward Theodore Gein, dit Ed Gein, est né le 27 août 1906 à La Crosse, dans le Wisconsin, et mort le 26 juillet 1984 à Madison. Il reste dans la mémoire collective comme l’un des criminels américains les plus dérangeants du XXe siècle, moins pour le nombre de ses victimes que pour la nature de ce qui a été retrouvé chez lui. Le 16 novembre 1957, les autorités du comté de Waushara pénètrent dans la ferme familiale de Plainfield dans le cadre de la disparition de Bernice Worden, tenancière d’un magasin de quincaillerie. La découverte de la scène bouleverse les enquêteurs et transforme un fait divers local en affaire nationale.

Le surnom de « boucher de Plainfield » vient de là, d’un mélange de presse à sensation et de réel effroi. Ed Gein n’est pas un tueur en série de grande envergure au sens statistique : deux meurtres lui sont attribués, celui de Mary Hogan en 1954 et celui de Bernice Worden en 1957. Mais les fouilles de la propriété révèlent des pratiques de profanation de tombes, des objets fabriqués à partir de restes humains et une organisation domestique qui semble obéir à une logique intime et morbide.

Pour comprendre ce personnage, il faut tenir deux fils à la fois : celui de l’enquête judiciaire, documentée, et celui du mythe, largement construit ensuite par la presse, la littérature et le cinéma.

Une enfance verrouillée par Augusta Gein

Le récit familial commence avant Ed Gein. Sa mère, Augusta Wilhelmine Lehrke, ouvre une épicerie à La Crosse au début du XXe siècle, puis épouse George Philip Gein, un homme présenté dans la plupart des sources comme alcoolique et peu capable de subvenir durablement aux besoins du foyer. En 1914, la famille s’installe dans une ferme isolée près de Plainfield, à l’écart du village et des voisins.

Augusta impose à ses deux fils, Henry et Edward, une éducation religieuse stricte, marquée par la condamnation du monde extérieur, des femmes et de la sexualité. L’école devient un lieu suspect. Ed Gein est retiré de la scolarité vers 1919, à treize ans, et passe l’essentiel de son adolescence dans le périmètre de la ferme, auprès d’une mère qui occupe tout l’espace affectif.

LISEZ AUSSI  Tout savoir sur The Rock (Dwayne Johnson) : âge, taille, poids

Cette configuration explique pourquoi tant d’analyses insistent sur la relation mère-fils. Elle ne suffit pas à rendre compte d’un passage à l’acte, et il serait abusif de réduire une trajectoire criminelle à un seul facteur familial. Elle fournit en revanche une clé de lecture que les biographes, les journalistes et les scénaristes reprennent tous : un isolement durable, une autorité maternelle écrasante et une absence presque totale de contact social ordinaire.

Deux deuils vont précipiter la suite. Henry Gein meurt en 1944 dans des circonstances liées à un incendie de broussailles, et les récits divergent sur les détails. Augusta meurt à son tour le 29 décembre 1945. Ed Gein, qui avait organisé sa vie autour d’elle, se retrouve seul dans une maison devenue trop grande.

Plainfield, une ferme isolée au coeur du Wisconsin

Plainfield est une petite localité agricole du Wisconsin, un État du Midwest où les hivers sont longs et les fermes très dispersées. La propriété des Gein se trouve à quelques kilomètres du bourg, sur des terres pauvres, dans un paysage de collines et de champs que rien ne distingue a priori.

Le lieu compte pourtant dans l’affaire. Il explique la discrétion des activités d’Ed Gein pendant des années, l’absence de témoins proches et la sidération des habitants au moment de l’arrestation. Une communauté rurale où tout le monde se connaît découvre que celui que l’on prenait pour un voisin un peu étrange vivait entouré de restes humains. Ce contraste entre banalité du décor et horreur domestique est devenu un motif récurrent dans les documentaires consacrés à l’affaire.

La ferme a été détruite par un incendie en 1958, peu après l’arrestation, et le terrain a changé de mains. Il ne reste donc aucun lieu de mémoire visitable, ce qui a probablement renforcé la dimension mythique du personnage : tout se joue dans des récits, des photographies d’archives et des reconstitutions.

Crimes, profanations de tombes et découverte de l’affaire

Les faits établis tiennent en peu de lignes, mais ils sont lourds. Mary Hogan, tenancière d’une taverne de Pine Grove, disparaît en décembre 1954. Bernice Worden disparaît à son tour le 16 novembre 1957 à Plainfield. La voiture de cette dernière est retrouvée sur la propriété des Gein, ce qui conduit le shérif adjoint et ses hommes jusqu’à la maison.

Les fouilles mettent au jour des éléments que la presse de l’époque décrit avec une complaisance certaine : des restes humains prélevés dans des cimetières locaux, des objets du quotidien fabriqués à partir de ces restes, et un intérieur organisé selon une logique que les enquêteurs qualifient d’insoutenable. Les autorités identifient également des tombes ouvertes dans plusieurs cimetières de la région.

Le mot de nécrophilie apparaît rapidement dans les comptes rendus, souvent employé de façon approximative. Il faut rester prudent : ce que documentent les sources judiciaires, ce sont des profanations de sépultures, la conservation de restes humains et deux homicides. Le reste relève d’interprétations, parfois de légendes urbaines entretenues pendant des décennies.

LISEZ AUSSI  Tout savoir sur Jean Dujardin : âge, taille, poids
Repères chronologiques de l’affaire Ed Gein
Année Événement
1906 Naissance d’Edward Gein à La Crosse, Wisconsin
1914 Installation de la famille dans une ferme près de Plainfield
1919 Retrait de l’école, à treize ans
1944 Mort de son frère Henry
1945 Mort de sa mère Augusta, le 29 décembre
1954 Disparition de Mary Hogan
1957 Disparition de Bernice Worden et arrestation d’Ed Gein
1968 Verdict d’irresponsabilité pénale et internement
1984 Décès à l’hôpital de Mendota, près de Madison

Procès, internement et fin de vie

Ed Gein est d’abord jugé inapte à comparaître, puis son procès s’ouvre en 1968. La défense plaide l’irresponsabilité pénale et les expertises concluent dans ce sens. Le jury le déclare non coupable pour cause d’aliénation mentale, et il est interné dans un établissement psychiatrique de l’État du Wisconsin.

Il passe ensuite plusieurs années à l’hôpital d’État de Central State, avant d’être transféré à l’institution de Mendota, près de Madison, où il meurt le 26 juillet 1984. Aucune peine de prison n’a donc été purgée, ce qui alimente encore aujourd’hui les discussions sur la manière dont la justice américaine traitait, à l’époque, les cas de troubles psychiatriques graves.

Sur le plan juridique, l’affaire reste un cas d’école : elle montre comment une expertise psychiatrique peut orienter entièrement le destin judiciaire d’un accusé, et pourquoi les débats sur l’internement plutôt que la prison divisent durablement l’opinion.

Ed Gein, source d’inspiration de Norman Bates et du cinéma d’horreur

L’influence culturelle d’Ed Gein dépasse largement l’affaire elle-même. En 1959, l’écrivain Robert Bloch publie Psychose, un roman inspiré en partie du cas de Plainfield. Alfred Hitchcock en tire un film en 1960, avec Anthony Perkins dans le rôle de Norman Bates, personnage dont la relation fusionnelle avec une mère morte structure toute l’intrigue.

D’autres œuvres reprennent des motifs similaires : le masque de peau humaine, la maison isolée, la figure du tueur tranquille et poli. Le cinéma d’horreur américain des décennies suivantes y puise une partie de son vocabulaire visuel, jusqu’à des films comme Massacre à la tronçonneuse ou Le Silence des agneaux, où les scénaristes s’inspirent de plusieurs affaires réelles sans s’en tenir à une seule.

Cette circulation permanente entre le fait divers et la fiction intéresse aussi les cinéastes d’auteur. La manière dont une société transforme un criminel en personnage n’est pas sans rappeler le travail de David Lynch, qui filme des petites villes américaines où l’étrangeté affleure sous la normalité la plus plate.

Il existe enfin un versant plus ancien de cette fascination : profaner une sépulture heurte un interdit très ancien, celui que symbolise Anubis, gardien des tombes et guide des âmes dans la religion égyptienne. Le scandale provoqué par les exhumations de Gein tient en partie à cette transgression, bien plus qu’à la seule curiosité morbide.

Le trouble se joue aussi du côté des comédiens : Tout savoir sur Tout savoir sur Benoît Poelvoorde rappelle qu’un acteur peut faire basculer un personnage du rire à la menace en quelques secondes, un ressort que le cinéma de tueurs exploite sans cesse.

LISEZ AUSSI  Mason Thames : âge, films et parcours de l'acteur américain

Monster: The Ed Gein Story, la part romancée de Netflix

En 2025, Netflix diffuse la troisième saison de son anthologie Monstre, après Jeffrey Dahmer en 2022 et les frères Menendez en 2024. Intitulée Monster: The Ed Gein Story, elle est créée par Ryan Murphy et Ian Brennan et compte huit épisodes. Charlie Hunnam y incarne Ed Gein, tandis que Laurie Metcalf joue Augusta, la mère.

La série assume un angle horrifique et très libre par rapport aux faits. Elle mêle reconstitution, fantasmes visuels et clins d’oeil à l’histoire du cinéma, notamment à Hitchcock. Plusieurs critiques, dont celles publiées dans la presse française à l’automne 2025, ont souligné cette liberté : la fiction ne prétend pas être un documentaire, mais elle brouille parfois la frontière entre ce qui est documenté et ce qui est inventé.

Pour le spectateur, la distinction est importante. Une scène montrée à l’écran n’est pas nécessairement un fait établi. Les dialogues, les motivations et certains personnages secondaires relèvent de l’écriture dramatique. Lire une biographie factuelle en parallèle reste la meilleure façon de séparer les deux plans.

Pourquoi Ed Gein fascine-t-il encore autant ?

La persistance de cette curiosité tient à plusieurs ressorts. D’abord, l’affaire se déroule dans un décor ordinaire : une ferme, un village, des voisins qui n’ont rien vu. Ensuite, elle touche à des interdits fondamentaux, la mort, le corps, la mère. Enfin, elle a produit une descendance fictionnelle si nombreuse que le personnage historique devient presque secondaire par rapport à ses avatars.

Cette fascination mérite d’être regardée avec un peu de recul. Les victimes, Mary Hogan et Bernice Worden, ont existé. Leur disparition a laissé des proches, et la spectacularisation des crimes efface souvent cette réalité au profit du seul portrait du meurtrier. Un article comme celui-ci n’échappe pas complètement à ce risque, mais il peut au moins le nommer.

Reste une question de fond, très actuelle : pourquoi les plateformes produisent-elles tant de séries sur des tueurs réels ? La réponse tient probablement à un mélange d’attraction pour l’interdit, de goût pour l’enquête et de facilité narrative. Le crime réel fournit une structure prête à l’emploi, avec un début, une arrestation et un jugement.

Combien de meurtres sont réellement attribués à Ed Gein ?

Deux homicides sont documentés : celui de Mary Hogan, disparue en 1954, et celui de Bernice Worden, disparue en 1957. Les autres cas évoqués dans la presse de l’époque relèvent de soupçons ou de recoupements non confirmés.

Pourquoi le surnom de boucher de Plainfield lui a-t-il été donné ?

Le surnom vient de la presse américaine, après la découverte dans sa ferme de restes humains et d’objets fabriqués à partir de ceux-ci. Il résume à la fois les profanations de sépultures et les deux meurtres qui lui sont attribués.

Quelle différence entre l’affaire réelle et la série Monstre de Netflix ?

La série de 2025 est une fiction : elle ajoute des scènes, des dialogues et des personnages qui ne figurent pas dans les sources judiciaires. Elle s’appuie sur des faits réels, mais son angle horrifique et son écriture dramatique l’éloignent du récit documentaire.

Ed Gein a-t-il été condamné à mort ?

Non. En 1968, le jury le déclare non coupable pour cause d’aliénation mentale. Il est interné dans un établissement psychiatrique du Wisconsin, puis transféré à Mendota, où il décède en 1984.

Que reste-t-il de la ferme de Plainfield aujourd’hui ?

La maison familiale a brûlé en 1958, peu après l’arrestation. Le terrain a depuis changé de propriétaires et il n’existe plus de lieu visitable lié directement à l’affaire.

Ed Gein a-t-il inspiré Le Silence des agneaux ?

Le lien est indirect. Le personnage de Buffalo Bill, dans le roman puis le film, s’inspire de plusieurs affaires criminelles réelles, dont celle d’Ed Gein pour certains motifs liés au corps et à la couture de peau.